LA PASSION AVANT TOUT

 

 

On a parfois l’impression que certaines jeunes joueuses prodiges du tennis s’ennuient sérieusement sur un terrain. Souvent plongées très jeunes dans une routine d’entraînement, de matchs et de voyages, sans oublier les études, elles développent un curieux rapport d’amour-haine avec leur sport.

Aleksandra Wozniak n’est pas de celles-là. Même si elle a, elle aussi, amorcé très tôt une carrière qui l’a menée jusqu’au 21e rang mondial, la Québécoise a toujours fait preuve d’une rare passion pour son sport. Cela fait plus de 10 ans que nous la croisons sur les courts, de Granby à Roland-Garros, et jamais elle n’a exprimé le moindre doute sur son amour du tennis.

Elle aurait pourtant eu mille raisons de le faire.

Rarement une athlète a-t-elle eu autant d’obstacles à surmonter.

Trois fois depuis le début de sa carrière, elle a été obligée de repartir à zéro en raison de blessures. Elle l’a toujours fait avec la même volonté, le même désir, aussi, de bien représenter son sport, son pays.

 

Son dernier « retour », après une intervention chirurgicale à l’épaule droite en septembre 2014 et une convalescence de près d’un an, s’avère de loin le plus ardu.

« C’est très dur de revenir, a récemment rappelé l’athlète de 29 ans en entrevue. J’ai été absente trop longtemps et mon classement était tombé près du 1000e rang ! J’avais le droit de m’inscrire à six tournois WTA en vertu d’un classement “protégé” [établi avant son opération], mais cela n’était pas suffisant, car je devais retrouver ma forme, mon synchronisme… »

EN BAS DE L’ÉCHELLE

Aleksandra a donc dû retourner disputer des tournois de moindre importance, des Challengers, parfois dotés de bourses de seulement 25 000 $ en tout. Au cours des derniers mois, à l’exception d’un bref passage à Paris pour les qualifications de Roland-Garros, elle s’est retrouvée à Launceston, en Australie, à Dothan, en Alabama, à Winnipeg et d’autres destinations sans grands attraits.

Privée du soutien de Tennis Canada, qui privilégie le développement des athlètes, Wozniak a dû puiser dans ses placements afin de poursuivre sa carrière. « J’avais réussi à placer une partie de mes gains [plus de 2 millions en carrière], et j’ai dû en retirer une partie.

« J’ai aussi la chance de compter sur un fidèle commanditaire, Iris, qui me soutient depuis des années et continue de le faire cette saison. Leur contribution est essentielle pour me permettre de me déplacer d’un tournoi à l’autre. J’ai aussi une petite commandite de Yonex pour l’équipement, cette saison. »

Habituée pendant plusieurs années aux beaux hôtels et à certains privilèges, Aleksandra est retournée loger dans des familles d’accueil, souvent des bénévoles qui partagent sa passion du tennis.

« Ça coûte très cher, jouer sur le circuit professionnel. Au début de l’année, j’ai passé un mois en Australie et j’ai dépensé au moins deux fois plus que ce que j’ai touché en bourses. »

— Aleksandra Wozniak

Et ce n’est pas en jouant dans les tournois secondaires que Wozniak va renflouer son compte de banque. Celle qui avait gagné 68 400 euros après sa qualification pour le quatrième tour à Roland-Garros, en 2009, s’est ainsi contentée de 3919 $, il y a deux semaines, après sa victoire à Gatineau.

Actuellement au 264e rang du classement féminin, Wozniak a obtenu un laissez-passer pour les qualifications de la Coupe Rogers, à compter de samedi, à Toronto. Une occasion d’accélérer sa progression, même si la concurrence sera très vive.

« LES GENS OUBLIENT VITE… »

« Les gens oublient vite, constate Wozniak. J’ai été la première Québécoise à atteindre le 21e rang mondial, la première aussi à remporter un tournoi du circuit WTA [à Stanford en 2008]. Je détiens tous les records pour une joueuse canadienne en Fed Cup, une compétition à laquelle j’ai toujours participé avec beaucoup de fierté. »

Aleksandra pourrait ajouter qu’elle a toujours été une formidable « joueuse d’équipe », sacrifiant souvent sa préparation personnelle ou l’occasion de jouer dans des tournois lucratifs pour accompagner l’équipe canadienne en Amérique du Sud. D’autres n’ont pas fait les mêmes choix.

Ses valeurs, son caractère, Aleksandra les doit beaucoup à sa famille. Son père Antoni l’a formée et est toujours resté très présent à ses côtés. Sa sœur Dorota a été championne canadienne et c’est pour l’imiter qu’elle a débuté sur les courts à l’âge de 3 ans.

« Je dois tout à ma famille. Sans elle, je n’aurais pu traverser toutes ces épreuves au cours des dernières années. Et je sais qu’elle sera toujours là, quoi qu’il arrive ! »

— Aleksandra Wozniak

À l’approche de la trentaine, Wozniak est tout aussi motivée qu’à ses débuts. Exactement 15 ans après son premier titre professionnel, en 2002 à Lachine, elle a remporté son 11e titre au Challenger de Gatineau. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, elle a annoncé ses fiançailles avec Jeremy John.

« La retraite n’est pas dans mes plans pour l’instant. Plusieurs joueuses sont revenues après des blessures, souvent après la trentaine. J’aime à penser que je peux les imiter. Je crois avoir encore des choses à écrire dans ce chapitre de ma vie.

« Et quand le temps sera venu de tourner la page sur ce chapitre, j’aimerais que ce soit encore dans le tennis. J’aimerais redonner à ce sport qui m’a tant apporté. J’aimerais travailler avec les jeunes, les faire profiter un peu de mon parcours. »

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